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La misophonie

Misophonie ou la haine des sons : quand certains bruits nous insupportent

Contenu mis à jour le 17/11/2021

Ces petits sons parfois inaudibles pour certains, dont la plupart des gens ne portent pas attention, peuvent en réalité être un vrai calvaire. Cette intolérance à certains sons du quotidien, normalement supportables, caractérise ce qu'on appelle depuis peu la misophonie. Un trouble neurologique et psychologique qui se manifeste par une vive gêne et une profonde irritabilité.

Définition : qu’est-ce que la misophonie ?

Misophonie signifie « haine du son », C'est un terme qui vient du grec miso, qui signifie « haine », et phono, le « son ». Cette aversion au son, aussi appelée « sensibilité sélective à certains sons » (4S ou SSSS), se traduit par une forte réaction à des bruits spécifiques du quotidien qui ne viennent pas de soi-même. A l'écoute de certains sons (déclencheurs), les personnes sujettes à la misophonie peuvent éprouver une réaction épidermique d'une forte violence.

Selon une étude de chercheurs de l’université de Newcastle pour Current Biology, ce trouble se caractériserait notamment par une hyperactivation du lobe frontal et du cortex insulaire, régions du cerveau impliqués dans les mécanismes de l'attention. [1]  Ces biais de convergence entre le lobe frontal et le cortex insulaire perturberait la focalisation et entraînerait des réactions émotionnelles disproportionnées.

Le terme "Misophonie" existe depuis 2000 seulement, suite aux travaux de Pawel Jastreboff et Margaret Jastreboff de l'université Emery d'Atlanta. Cette non-tolérance est à différencier de l’hyperacousie ou l’acouphène, qui sont causés par un dysfonctionnement du système auditif.

Quels types de bruits sont concernés ?

Cette aversion aux sons produits par les autres, qui va de l’agacement à l’enragement, est souvent provoquée par des sons et bruits communs du quotidien :

  • Bruits de table, de chaise déplacée...
  • Bruits de bouche : mastication, raclement de gorge, claquement de dent, aspiration de salive, mâcher un chewing-gum...
  • Respiration : soupirs, respiration soutenue, bruits de nez...
  • Corporels : frottement des mains, tapoté des doigts...
  • Mécaniques : le tic tac d’une montre, le son des touches d'un clavier d’ordinateur
  • Bruits impulsionnels : claquement de porte, entrechoquement de couverts

Causes et facteurs de risques

De nombreuses pathologies ou états psychologiques peuvent favoriser le développement de ce trouble auditif. On peut notamment citer :

  • Des anomalies cérébrales avec l'hyperactivation du lobe frontal et du cortex insulaire inférieur
  • Des personnes hypersensibles ou à "haut potentiel"
  • Des épisodes traumatiques, notamment durant l'enfance, avec un fort vécu émotionnel
  • Des TOC (troubles obsessionnels compulsifs)
  • Le stress post traumatique (TSPT)
  • Des troubles anxieux et dépressifs
  • La présence d'acouphènes (une étude de 2021 estime une prévalence de 10% [2])
  • Le syndrome de Gilles de la Tourette

Le diagnostic de la misophonie

Le diagnostic d'une misophonie peut être réalisée par un psychothérapeute, un psychologue ou un psychiatre. Il se base généralement sur des questionnaires pour retracer l'évolution du trouble et en extraire les principaux déclencheurs. Il n'existe pas de consensus et de méthodologie clinique commune pour établir ce diagnostic.

L'échelle Amsterdam Misophonia Scale : un test pour évaluer la misophonie

L'un des outils utilisé par les psychiatres est l'échelle Amsterdam Misophonia Scale. Une adaptation du Y-BOCS (Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale), utilisé pour mesurer le degré de troubles obsessionnels compulsifs.

Symptômes et conséquences de la misophonie

La misophonie entraine des réactions immédiates à des sons spécifiques, on peut lister plusieurs types de réactions et conséquences sur le quotidien pour tenter de les éviter :

  • Une réaction émotionnelle, immédiate et vive à l'écoute des sons déclencheur. Elle se manifeste par une forte gêne et un profond rejet. Le caractère émotionnel de ces réactions est particulièrement symptomatique chez les personnes misophones, comme le suggère l'une des étude du psychiatre Damiaan Denys et son équipe en 2020 [3]
  • Dans certains cas, des comportements agressifs peuvent se manifester ou bien une sensation de perte de contrôle
  • Du stress et des angoisses à l'idée réécouter ces sons, entrainant des stratégies d'évitement : finir de manger rapidement, éviter certaines activités sociales...
  • Une surprotection auditive via des bouchons d'oreille

La misophonie apparait le plus souvent à un jeune âge et peut s'aggraver avec le temps, avec de nouveaux sons déclencheurs ou une gêne davantage marquée.

Quels traitements pour la misophonie ? Comment la soigner ?

Il n’existe pas de réel médicament à cette maladie, mais réaliser un traitement de fond psychologique avec une approche pluridisciplinaire reste aujourd’hui la meilleure solution.

La thérapie de rééducation à l'aide de générateur de bruit (TRT)

La TRT est une thérapie d'habituation aux acouphènes qui peut être également prescrite dans le cas d'une misophonie. Si vous avez déjà des acouphènes et / ou une perte d'audition, le port d'un appareil auditif avec générateurs de bruit peut aussi vous soulager.

Les thérapies cognitivo-comportementales

Thérapie d'exposition

Il s’agirait ici de vaincre le mal par le mal. S’exposer à ces sons déclencheurs tout en associant une écoute agréable afin de créer une association positive avec les sons qui posent problème. L’objectif étant de s’habituer à ces bruits irritants pour que le cerveau ne les considère plus comme dérangeants mais normaux. C’est un travail sur le long terme qui peut être assez difficile, mais qui porte ses fruits. En moyenne, celui-ci dure 9 mois et fonctionne dans 90% des cas. Certaines personnes se munissent également de boules quies pour sortir ou de casque antibruit.

L'hypnose

Les techniques d'hypnose peuvent être utilisées en complément d'une thérapie cognitivo-comportementale. Il n'existe cependant pas de précédents pour confirmer leur efficacité. De nombreux misophones ayant testé cette solution thérapeutique n'en vantent par ailleurs pas les bienfaits.

Qui peut soigner la misophonie ?

L'approche pluridisciplinaire étant la clé, de nombreux professionnels de santé peuvent intervenir dans la prise en charge du patient, que ce soit dans la phase de diagnostic ou de suivi : Médecin ORL, psychothérapeute, psychiatre, audioprothésiste, sophrologues...

STOP Misophonie : une association pour accompagner les misophones

Pour plus de conseils, astuces et soutiens concernant cette gêne, rendez-vous sur misophonie.fr.

Comment gérer la misophonie au quotidien ?

En plus d'un suivi clinique, les personnes misophones peuvent adopter certains comportements au quotidien pour limiter la gêne :

  • écouter de la musique pour se relaxer
  • Effectuer des exercices de respiration comme la cohérence cardiaque qui permet de moduler la fréquence cardiaque et ainsi limiter le stress
  • éviter les situations les plus gênantes ou bien les anticiper, notamment avec des bouchons d'oreille (sans les porter constamment), ou bien prévoir une alternative comme des écouteurs
  • Ne pas hésiter à en parler avec son entourage, ses collègues etc. Pour les tenir au courant et être plus à l'aise en leur présence, et qu'ils fassent attention, tant que faire se peu

Les troubles connexes à la misophonie

La phonophobie

La phonophobie est littéralement une peur face à certains sons, souvent impulsionnels. Aussi appelée ligyrophobia, elle peu provoquer de grandes frayeurs et une réaction de panique suite à l'écoute de certains sons.

L'hyperacousie

L'hyperacousie peut être injustement associée à la misophonie. Elle partage avec elle la réaction aversive à certains sons mais sont bien différentes. Contrairement à la misophonie, l'hyperacousie se manifeste suite à un dysfonctionnement du système auditif, avec généralement une fragilité cochléaire. Elle se traduit par une hypersensibilité au bruit qui peut devenir douloureuse dans les cas les plus sévères.

Sources et références

[1] Kumar, S., Hancock, OT., Sedley,, W., Winston, JS., Callaghan, MF., Allen M., Cope, TE., Gander, PE., Bamiou, DE., Griffiths, TD (2017). The brain basis for misophonia. Current Biology (in Press).DOI: 10.1016/j.cub.2016.12.048

[2] Sztuka A, Pospiech L, Gawron W, Dudek K., « DPOAE in estimation of the function of the cochlea in tinnitus patients with normal hearing. », Auris Nasus Larynx, vol. 37, no 1,‎ 2010, p. 55-60 (PMID 19560298, DOI 10.1016/j.anl.2009.05.001)

[3] Schröder, A., van Wingen, G., Eijsker, N. et al. Misophonia is associated with altered brain activity in the auditory cortex and salience network. Sci Rep 9, 7542 (2019). https://doi.org/10.1038/s41598-019-44084-8

Le Monde, Misophonie ou l’aversion à certains sons produits par une autre personne, en ligne, consulté le 17/11/2021

Ruben Krief, Audioprothésiste et responsable audiologie
Ruben Krief
Audioprothésiste et responsable audiologie
Diplômé du CNAM à Paris en 2015 d'un Diplôme d'Etat Audioprothésiste, Ruben débute en tant qu'audio dans le centre auditif VivaSon République, à Paris. Rapidement c'est l'aspect technique et scientifique de la profession qui l'intéresse le plus et décide d'approfondir ses connaissances en audiologie. Attiré par l'impression 3D et les techniques d'appareillage de pointe, il a fait de la mesure in vivo sa spécialité en cabine. En tant que Responsable audiologie, Ruben Krief assure une mission d'intérêt pédagogique au sein de VivaSon pour transmettre ses connaissances et meilleures pratiques aux audioprothésistes du réseau. Cette mission présente aussi un aspect matériel pour les tests de nouveaux produits ainsi qu'une dimension relationnelle primordiale pour pérenniser l'échange avec les fournisseurs et nos équipes de terrain dans toute la France.

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